Une épitrochléite typique ne donne généralement pas de gonflement du coude. Si votre coude est franchement enflé, chaud ou rouge, il est probable que cette épicondylite interne ou golf elbow soit associée alors à d’autres causes. Lesquelles ? Voici ce qui est attendu dans une épicondylite médiale, et ce qui doit vous amener à consulter.
Inflammation de l’épitrochlée du coude : ce qui se passe réellement
L’épitrochléite, ou épicondylite médiale, est une tendinopathie d’insertion des tendons fléchisseurs et pronateurs de l’avant-bras sur l’épitrochlée, la saillie osseuse de la face interne du coude. Les gestes répétés en flexion du poignet et en pronation surchargent ces tendons, au golf comme dans les métiers manuels ou les sports de raquette.
Épitrochléite, une fausse inflammation
En réalité, le terme épitrochléite est trompeur, car il ne s’agit pas d’une inflammation aiguë comme pourrait le suggérer le suffixe « ite ». En effet, on parle de tendinose, pas d’inflammation pure. Histologiquement, les fibres de collagène se désorganisent et une néovascularisation apparaît, avec peu de cellules inflammatoires. Cette nuance explique deux choses : le gonflement visible reste rare, et les anti-inflammatoires seuls ne suffisent pas. C’est ce qui donne alors le risque d’une épicondylite qui ne guérit pas.
Comment reconnaître une épicondylite médiale ?
Côté symptômes, vous ressentez une douleur de la face interne du coude, réveillée à la pression de l’épitrochlée, à la flexion contrariée du poignet et à la pronation résistée. La force de serrage diminue, avec une raideur matinale fréquente. La douleur du coude peut descendre le long du bord interne de l’avant-bras jusqu’au poignet. Certains patients décrivent aussi des fourmillements du quatrième et du cinquième doigt, liés à l’irritation du nerf ulnaire qui passe juste derrière l’épitrochlée, dans la gouttière épitrochléo-olécrânienne.
Épitrochléite et gonflement du coude : les causes
Trois pathologies du coude se confondent facilement avec l’épitrochléite, d’où un risque de gonflement. Pourtant, elles n’ont pas la même signification. Le tableau ci-dessous distingue les principales caractéristiques d’une bursite ou d’un épanchement avec coude gonflé.
| Type de gonflement | Ce que vous palpez | Diagnostic évoqué |
| Empâtement tendineux | Tuméfaction diffuse et douloureuse sur la face interne, sans liquide | Compatible avec une épitrochléite |
| Bursite olécrânienne (hygroma) | Poche molle et souple à la pointe du coude, en arrière, parfois rouge et chaude | Inflammation de la bourse séreuse |
| Épanchement articulaire | Coude globalement gonflé, flexion et extension limitées | Arthrite, arthrose, traumatisme, rupture du ligament collatéral médial (LCM) |
Seule la première colonne s’accorde avec un golf elbow isolé. Un discret empâtement, sans rougeur ni chaleur marquée, peut accompagner la phase la plus douloureuse et s’atténue avec le repos relatif et la réduction des gestes en cause. Les deux autres orientent vers des causes différentes et demandent un examen médical.
Le gonflement du coude a en effet des causes bien identifiées, sans rapport avec les tendons épitrochléens. L’hygroma du coude touche la bourse séreuse située derrière l’articulation : irritée, cette poche se remplit de liquide et forme une tuméfaction très visible à la pointe du coude. Les traumatismes osseux donnent un tableau différent : une fracture de l’olécrane ou de la tête radiale, après une chute, gonfle le coude très rapidement par hémarthrose. Plier ou tendre le bras devient presque impossible. Il faut aussi penser au syndrome du tunnel cubital, à l’atteinte du ligament collatéral médial chez les sportifs de lancer, et à l’arthrose du coude avec épanchement.
Épitrochléite et gonflement du bras : quand s’inquiéter ?
Certains signes imposent une consultation rapide, parfois en urgence. Un coude chaud, rouge, douloureux au repos, associé à de la fièvre ou à des frissons, doit d’abord éliminer une infection articulaire. Le même degré d’urgence vaut pour un gonflement apparu brutalement après un traumatisme du coude, une impossibilité de plier ou de le tendre, une déformation visible, ou des troubles sensitifs et moteurs de la main.
Face à un golf elbow et un gonflement qui persiste, ou devant une impotence fonctionnelle complète, l’avis d’un chirurgien spécialiste du coude s’impose. L’examen clinique et des radiographies écartent formellement une fracture, une lésion instable ou une compression du nerf ulnaire. Ces derniers cas peuvent demander une intervention rapide. Le docteur Pierre Laumonerie, chirurgien orthopédiste spécialiste du coude exerçant à Paris et en Île-de-France, reçoit précisément ces situations : confirmer l’épitrochléite, éliminer ce qui ressemble mais n’en est pas, et fixer la stratégie.
Soigner l’épitrochléite : traitement, gonflement et durée
Le traitement de l’épitrochléite du coude est conservateur en première intention.
Traitement d’une épitrochléite récente avec ou pas gonflement
Le patient adapte les gestes déclenchants sans immobiliser le coude, en proscrivant les mouvements interdits pour une épitrochléite. Il applique du froid en phase douloureuse. Par ailleurs, le médecin prescrit des antalgiques, et la kinésithérapie travaille les étirements puis le renforcement excentrique des fléchisseurs et pronateurs. Une attelle antalgique de poignet, portée la nuit, met les tendons au repos. Si besoin, une orthèse de coude peut aussi réduire les contraintes sur l’insertion.
Le repos complet et prolongé, en revanche, n’a pas sa place ici. En effet, l’immobilisation stricte installe la raideur et affaiblit les muscles. On réduit temporairement ce qui fait mal, on garde une activité adaptée, puis on réintroduit les contraintes sous contrôle du kinésithérapeute. Le geste lui-même doit se corriger (prise de club, tenue des outils, poste de travail), sans quoi les récidives reviennent.
Combien de temps dure alors l’inflammation d’une épitrochléite ? Il faut compter le plus souvent plusieurs semaines à plusieurs mois de traitement bien conduit. Ainsi, la majorité des patients guérissent sans chirurgie.
Traitement d’une épicondylite médiale persistante avec ou pas gonflement
Au-delà de 3 mois de traitement conservateur mené correctement, on parle de forme résistante. Une réévaluation spécialisée se justifie alors, sans être forcément synonyme d’une opération de l’épicondylite. On discute alors en consultation d’autres possibilités, comme les injections au coude (corticoïdes, plasma riche en plaquettes) par exemple. Le recours à une chirurgie de débridement des tendons épitrochléens est toujours après avoir vérifié l’état du nerf ulnaire et du ligament collatéral médial.
Vos questions sur l’épitrochléite et le coude gonflé
Puis-je avoir une épitrochléite sans gonflement du coude ?
Oui, et c’est même la situation la plus fréquente. L’épitrochléite se manifeste surtout par une douleur de la face interne du coude. L’absence de tuméfaction ne remet donc pas le diagnostic en cause.
Mon coude est gonflé et chaud depuis mon épitrochléite, que faire ?
Consultez rapidement, et en urgence s’il existe de la fièvre. Un coude chaud, rouge et gonflé n’est pas une évolution normale d’une épitrochléite. En effet, ces signes orientent vers une bursite, une arthrite ou une infection.
Faut-il une échographie ou une IRM pour confirmer le diagnostic ?
Pas systématiquement. Le diagnostic est avant tout clinique, entre l’interrogatoire sur les gestes répétés, la palpation de l’épitrochlée, les tests de mise en tension et l’examen de la sensibilité du territoire ulnaire. L’échographie a peu d’intérêt car c’est un mauvais examen pour décrire les potentielles lésions associées (lésions ligamentaires, arthrose, ostéochondrite). L’IRM est l’examen de référence pour le diagnostic d’épicondylite médiale et ses lésions associé. Également, la radiographie du coude peut être utile pour rechercher des calcifications d’insertion ou une atteinte articulaire associée.







